Le chaman JOAN PINCHU SHAMAN À THÉLIS-LA-COMBE

Qu’est-ce que le chamanisme ?

Je le perçois comme une expérience intime de l’être dans sa relation au monde.

C’est donc avant tout une expérience personnelle, une rencontre avec les forces qui habitent et animent l’univers.

On pourrait dire qu’il a à voir avec la poésie. C’est donc cette expérience qui nous relie de la façon la plus subtile à l’univers.

En ce sens, on ne peut donc le réduire à une technique, une idéologie, une religion, une thérapie.

Même si la plupart du temps nos contemporains l’ont oublié, le chamanisme est cette vision du monde qui a donné aux hommes : la médecine, l’art, la psychothérapie, l’art du rêve, la philosophie, la religion…

Le chamanisme est aussi pratiqué en France. Est-il calqué sur le chamanisme sibérien, asiatique, ou amérindien, ou possède-t-il ses propres spécificités ?

 

Nous vivons dans une société qui pour fonctionner a besoin de séparer, diviser et de classer, ceci est en opposition avec la pensée chamaniste. L’essentiel de la pensée chamaniste est universelle.

Donc, le chamanisme, qu’il soit sibérien, asiatique ou polynésien, fonctionne sur les mêmes principes.

Lorsque je rencontre des chamans d’autres parties du monde, une fois quelques repères échangés, nous chamanisons ensemble sans aucune difficulté.

Les variantes auxquelles vous faites allusion sont des adaptations géographiques liées à l’environnement.

Il est bien évident, que l’on doit agir différemment en Amazonie qu’au niveau du Cercle Arctique. De ce fait, les spécificités régionales ne doivent pas nous cacher l’essentiel.

L’Occidental aujourd’hui est à la recherche de son âme qu’il croit retrouver dans l’exotisme.

Si le chamanisme sibérien garde toute sa valeur parce que respecté par le peuple sibérien, qu’a fait l’occidental de ses racines chamaniques ?

La France possède un patrimoine chamanique très important, oublié, méprisé car incompris.

Voyez ces hauts lieux chamaniques que sont les grottes ornées de Lascaux, Chauvet, Cosquer et plus encore la Vallée des Merveilles au-dessus de Nice, le mont Bego.

Pour l’esprit éclairé, les empreintes de cette spiritualité se retrouvent en Europe, dans la poésie, le folklore, les contes et légendes, les guérisseurs et autres rebouteux.

Oui, bien sur le chamanisme en France possède ses spécificités de par son histoire extrêmement ancienne (40,000 ans) et l’influence du patrimoine Indo-européen.

 

Comment avez-vous découvert le chamanisme ?

C’est une question évidente et la réponse l’est beaucoup moins.

En réalité, je n’ai jamais découvert le chamanisme, je l’ai toujours vécu de l’intérieur dès ma naissance.

Très longtemps, j’ai cru que tout le monde vivait la même chose.

Comment s’y initier ? Qui peut être chaman ?

Ce sont deux questions d’actualité, terriblement d’actualité ! Tout d’abord, qui peut être chaman ?

Contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, ce n’est pas une décision personnelle, c’est une question de destin.

C’est une réalité que beaucoup ne veulent pas voir et savoir tant leur égo, ou leur désir, ou bien encore leur imaginaire les entraîne vers un soleil qui va les brûler.

Lorsque nous venons au monde en tant que oiseau, notre destin est de voler dans les airs.

Lorsque nous venons au monde, en tant que poisson, notre destin est de nager.

Lorsque nous venons au monde, en tant que femme, notre destin est de vivre la féminité.

Lorsque nous venons au monde, en tant qu’homme, notre destin est de vivre le masculin.

Lorsque nous venons au monde, en tant que chaman, notre destin est d’être chaman.

Etre chaman, jusqu’à aujourd’hui, implique trois conditions, vivre trois expériences :

une maladie très grave, la folie, la mort. Les vivre consciemment et s’en sortir tout seul.

Je rappellerai aussi que la fonction sociale du chaman est très importante.

En raison de la mode ambiante et du renouveau chamaniste, beaucoup se sentent une vocation que par honnêteté et compassion, je souhaite en avertir de la dure réalité.

Le futur chaman choisit par les esprits est initié par l’expérience, les rêves, les visions et par l’accompagnement d’un autre chaman.

C’est dire que l’initiation est double, d’une part dans le monde visible et d’autre part dans le monde invisible.

Ce que je dis là vaut pour sa fonction de chamanique dans son sens le plus strict.

Par contre, il est possible d’être sur le chemin chamanique en tant qu’ homme ou femme-médecine, c’est-à-dire porteur d’une tradition.

Chaque homme ou femme-médecine reçoit les symboles, mythes et rituels d’une tradition, tout en ayant sa propre spécialité « gardien des rêves, guérisseurs, voyant, etc…. »

Selon vous, est-ce une pratique en voie de disparition ou êtes-vous optimiste quant à son avenir ?

Cette spiritualité est une expérience ancestrale de relation au monde et ne peut donc se réduire à une pratique.

Il est né avec l’apparition de l’homme sur Terre et disparaîtra, si l’espèce humaine disparaît. Ce qui m’amène à dire qu’elle est la condition même de la survie de l’espèce humaine.

Ce que je vous confie dans cette interview n’est pas une construction intellectuelle mais une vision très directe de ce qui est en jeu aujourd’hui.

Ce n’est pas son avenir qui est en cause, mais bien l’avenir de l’être humain.

Bien entendu, l’aspect collectif, donc social, du chamanisme, n’échappe pas aux bouleversements que vit l’Univers actuellement.

Sur toute la planète, les Traditions chamanistes se rencontrent, échangent, et les pratiques s’interpénètrent, un nouvelle forme est en train de naître sous nos yeux.

Mais, je le répète, il ne s’agit que de la forme extérieure, les fondements du chamanisme restant les mêmes.

De toute évidence, chacun, chaman ou non, est amené à faire un saut de conscience extraordinaire en sortant de l’individualisme.

L’initiation chamanique

La nature du chaman est d’être élu par les esprits, d’être habité par le sacré et d’avoir par son destin personnel des capacités singulières à être chaman.

Fondamentalement, on ne devient pas chaman.

On l’est de par son destin, de par sa naissance.

Choisi par les esprits, le chaman est initié par ses mêmes esprits (voir les 4 âges du Chaman)

Le chaman en devenir passe par des expériences initiatiques personnelles : maladie grave, solitude, bouleversements de la personnalité, expériences de la folie et de la mort.

Il vivra cela seul et devra s’en guérir seul.

C’est là l’essence de son pouvoir.

Pendant ses épreuves les esprits l’enseignent.

Il est habité par des visions, des perceptions de l’autre-monde.

Des rêves initiatiques le hantent.

Tout ceci remet en cause son intégrité physique et morale, le coupe des liens de l’homme ordinaire.

Sa vision et sa perception du monde changent, évoluent, se transforment.

Les normes sociales ne sont plus pour lui qu’un moyen de communiquer avec l’être humain « ordinaire ».

Il sait et ce qu’il sait, il ne peut le partager, l’indicible est son monde.

Si l’on est choisi pour être chaman, on se révolte, puis l’on se soumet, car, il n’y a pas d’alternative.

Lorsque l’on naît oiseau, on est fait pour voler dans le ciel, lorsque l’on naît poisson, on est fait pour nager dans l’eau, lorsque l’on naît chaman, on est fait pour chamaniser, c’est la loi naturelle.

L’Initiation rraditionnelle : dans les sociétés traditionnelles, certaines personnes au vu de leur nature particulière sont choisies pour remplir la fonction d’homme-médecine ou de femme-médecine.

La transmission se fait par héritage ou par initiation auprès d’un chaman reconnu.

Il arrive aussi, que certaines personnes se sentent une vocation parfois tardive.

L’initiation s’opère alors par des rites de passage, des épreuves initiatiques : jeûne, diète, retraite solitaire, etc…

L’enseignement comprend l’acquisition du savoir traditionnel ancestral : plantes, chants de pouvoir, les instruments du chaman, les cérémonies et rituels, la cosmogonie, le symbolisme, le voyage de l’âme.

Le Cercle chaman ou les quatre âges du chaman

Le chaman intercesseur des humains dans leurs rapports avec l’autre monde en incarne la structure selon le principe ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et inversement. C’est en pleine lucidité que la nature du chaman l’amène à en vivre le dynamisme. Si la vie terrestre d’un chaman n’est pas chose facile, le rapport des humains avec le chaman l’est encore moins. Ce rapport est conditionné d’une part par le contexte géographique et culturel, d’autre part par la singularité chamaniste de cette société.

Dans la plupart des sociétés traditionnelles, les gens ont une perception assez juste du chaman, de sa fonction et de tout ce que cela implique. C’est pour quoi dans nombre de sociétés chamanistes ; le commun des mortels est à même de faire la différence entre un chaman débutant, un chaman aguerri , un excellent chaman ou un mauvais chaman, Mettant les choses à leur juste place, pour autant, ces personnes auront du respect même pour un chaman incapable, par ce qu’ils savant pertinemment que ce chemin est difficile. Dans les sociétés industrialisées vivant uniquement sur un mode de prédation et de compétitivité, cette connaissance de base à disparue.

Il apparaît sur un mode de survie de la civilisation un retour aux valeurs chamanistes, mais sans prendre le « risque » de les vivres. C’est pourquoi un certain nombre d’aigrefins surfent sur la vague pour des motifs soit de reconnaissance personnelle soit de créneau commercial. De ce fait, il est difficile pour le commun des mortels de savoir qui est qui et qui fait quoi. En tant que chaman au travers de présent texte, je voudrais donner quelques repères à chacun afin de disposer d’éléments de compréhension. Mon but n’est pas de dire qui est bon ou qui est mauvais car tout est relatif mais donner des éléments de compréhension. Peu importe qu’une personne vienne vers moi ou vers quelqu’un d’autre, l’important c’est qu’elle trouve la personne qui lui convient.

Tout d’abord, il me faut parler de la médecine du cercle, c’est vraiment la base concrète du chamanisme. Vous allez dire, mais je sais ce que c’est un cercle ! Mais dans la chamanisme, c’est la structure de base de l’organisation du monde, de la pensée, du mouvement. Si les yourtes, les tepee, les cases, les cérémonies se font en cercle, ce n’est pas par une fantaisie de l’esprit, par un dogme rigide ou fermé. Non, c’est par une compréhension profonde de la médecine du cercle. Pour comprendre les cérémonies chamanistes, il faut comprendre la médecine du cercle. C’est d’ailleurs une médecine qu’il faut expliquer aux occidentaux tellement ils ont été, pour des questions de pouvoir, coupés de la vie.

Le fondement même du chamanisme se trouve dans le cercle parce que le cercle est une représentation de l’univers : la terre est ronde, les planètes sont rondes, les habitats nomades sont rond, les nids des oiseaux sont ronds, etc …etc….

Notre société est basée sur le triangle et la pyramide pour les trois dimensions. L’image est claire en haut une personne, et puis plus l’on descend un nombre de plus grand de personnes. Evidemment a la base, une masse qui est écrasée par le haut, cela donne le monde dans lequel nous vivons et dont de plus en plus de personnes ne veulent plus.

Quant au cercle, de par lui-même il engendre un équilibre des forces, une répartition, un partage. Dans le cercle chaque composante à sa particularité propre et la transfère dans le cercle ou elle circule. Autrement dit lorsque l’on forme un cercle de personnes, chacune est unique, voire occupe une fonction. Mais cette situation, n’existe pas au détriment des autres, bien au contraire. Sur un plan chamaniste, le cercle n’est pas une structure fermée, mais une structure « respirante », c’est à dire qu’à chaque instant chacun peut entrer ou sortir du cercle selon sa convenance personnelle. De plus le cercle est orienté selon les quatre points cardinaux. Chacun de ces points est une « porte ». Cela signifie que l’in peut entrer dans le cercle par une porte ou par une autre, que l’on peut circuler par les axes des points cardinaux, sortir par une porte, enter par une autre, selon ses choix ou possibilités personnelles. Ceci offre de nombreuses combinaisons que chacun peut articuler selon ses propres besoins.

La position des quatre points cardinaux, donc des quatre directions, découpent le cercle en quatre quadrant. Chacun de ces quadrants donne à un quart du cercle une valeur, une énergie, une qualité particulière donc un type d’expérience particulière.

Si nous inscrivons dans le cercle une existence humaine, celle-ci est découpée en quatre temps : l’enfance, l’âge adulte, l’âge mûr, la vieillesse. Evidemment ce cycle d’incarnation débute par la porte de la naissance et se termine par la porte de la mort. A chacune de ses directions est associée une couleur, un animal enseignant, un esprit gardien, une énergie singulière. Ces éléments sont variables en fonction de la culture du groupe d’humains, de leur cosmogonie, de leur mythologie, de leur milieu de vie. Mais le fondement même est universel. Chaque personne qui est dans le cercle occupe sa propre place, le temps nécessaire à son expérience d’évolution. C’est pourquoi si nous avons un jugement défavorable envers une personne, il est bon se rappeler cette réalité. Autrement dit, face à cela souvenons-nous qu’un jour nous avons été comme cela ou qu’un jour nous pourrions être comme cela.

Dans le cercle, les forces se répartissent et s’équilibrent d’elles même et permettent aux forces de la vie de circuler. Si une personne dans le cercle, guérit, elle évolue et permet à d’autres de recevoir la possibilité également de guérir. Le terme guérison ici à le sens de guérison physique ou émotionnelle ou spirituelle, mais dans tous le cas, c’est de la guérison de l’âme qu’il s’agit.

Ceci, explique que depuis des millénaires, les anciens ont matérialisé cette médecine par des cercles de pierres. Que ces pierres soient minuscules ou très grosses, ne change rien à l’affaire. Ce sont des représentations de la médecine du cercle et sont des instruments chamaniques que l’on appelle roues médecines, cercle de sagesse ou autrement.

Je me suis aperçu que pour les occidentaux, il était difficile de comprendre la nature et les grandes différences entre chamans. Aussi, pour apporter quelque éclairage sur la question, je vais utiliser cette veille sagesse ancestrale qu’est la médecine du cercle.

LES QUATRE ÂGES DU CHAMAN

N’oublions pas qu’avant tout un chaman est un être humain, sa singularité étant d’avoir une relation particulière avec l’autre monde, la nature, les esprits. Il s’agit là, avant d’un destin personnel dont il devra assumer la charge toute son existence. Il devra mettre sa singularité aux services des humains tout en devant se protéger d’eux.

La nature du chaman sera conditionnée de par la porte par laquelle, il va entrer. S’il entre dans le cycle d’incarnation par la porte du Nord, de l’Est, du Sud ou de l’Ouest, ses capacités seront différentes.

Le chaman du Sud

Ses caractéristiques sont les éléments juvéniles, enthousiasme, jeux, créativité, impétuosité, utilisation de tours d’illusionnisme, théâtralisation, rites personnel, spontanéité voire impulsivité, doit apprendre l’enseignement et l’expérience des ancêtres, ainsi que l’enseignement de la vie. Met en œuvre des pratiques qu’il n’a pas entièrement intégrées ni maîtrisée. Il peut souvent fonctionner sur un mode affectif voire superficiel. C’est l’apprenti qui se confronte à l’expérience pour apprendre.

Le chaman de l’Ouest

Arrive dans la vie avec une expérience donc une connaissance de la mort ce qui lui donne un recul sur l’expérience de vie de l’être. En général, il se retrouve porteur d’une tradition et dispose donc d’un corpus : mythologie, symbolisme, rites traditionnels. Relié aux anciens de sa tradition et donc de leur connaissance et protection. Homme ou femme solide, il conduit de nombreuses cérémonies de guérison ou des cérémonies spirituelles. Il est capable d’être régulateur et intercesseur pour un groupe humain. Il peut même souvent avoir des responsabilités sociales : défense de la Tradition, de l’ethnie. Il peut souvent être un guerrier spirituel.

Le chaman de l’ouest peut traverser le cycle de la vie par le chemin noir (les aspects sombres de l’être humain) ou par le chemin rouge (c’est la voie du cœur).

Le chaman du Nord

C’est l’image même de l’ancien qui a accumulé une longue expérience de vie, une longue expérience intérieure. Ces expériences peuvent également provenir de vies antérieures. L’image du vieux sage à qui l’on peut demander aide et conseil. Ses caractéristiques sont la pondération, l’action juste et nécessaire. Clair parce que détaché des tribulations humaines. Il a un rôle de transmission dans la compassion mais la fermeté. Il peut être chef spirituel ou être au service de sa communauté tout en étant à l’écart de cette même communauté : vénéré et craint tout à la fois.

Le chaman de l’Est

Arrivé dans la vie par la porte de la lumière : il est habité par cette lumière et une reliance particulière au monde spirituel, une communication directe avec le monde d’en haut. Son chemin est conduit par cette perception lumineuse des choses. Il n’est pas tributaire de l’apparence des choses. Son esprit voit bien au-delà : il a des caractéristiques visionnaires, prophétiques, il a accès aux secrets du monde. Il n’a nul besoin d’être porteur d’une tradition, sinon pour communiquer avec les humains qui ont toujours besoin de repères. C’est un éveilleur. Sa manière de chamaniser s’opère d’une manière subtile dénuée d’artifices, de techniques. Il est le moins compris

Le chaman vient à la vie porteur d’un destin qu’il devra assumer. Quelle que soit la porte par laquelle il sera entré dans cette vie, il devra l’expérimenter et en intégrer les expériences. Le chaman depuis l’aube de l’humanité remplit une fonction : être l’intercesseur entre ce monde et l’autre monde. Car les humains se sont coupés de la nature, du sacré jusqu’à oublier leur origine cosmique d’où leurs malheurs. Autrement dit le chaman n’apparaît pas formé d’une manière définitive. Il va devoir expérimenter, apprendre, découvrir, progresser tout au long de son existence. Celui qui est chaman incomplet, débutant, hésitant sera peut-être plus tard un grand chaman puissant. Il saura très vite qu’en ce domaine, rien n’est jamais acquis, qu’il faut toujours se confronter avec les forces, acquérir une autre âme, des esprits alliés. Son chemin est celui du danger permanent. Il lui faudra très tôt s’affranchir de l’opinion d’autrui.

De par son chemin de vie, le chaman sera polyvalent : médium, guérisseur, sauveur, d’âme, visionnaire mais pourra s’exprimer dans une spécialisation : chaman spirituel, chaman guérisseur, etc…

Découvrez la transe chamanique !